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Portrait

Pierre Bobot dessine et peint depuis son plus jeune âge et sculpte depuis plus de quinze ans. Il décide il y a quelques années de faire de sa passion sa seule profession.

Plusieurs éléments influent sur sa création.

  • La méditation qui lui permet une création au présent, sans recherche préalable, sans but défini. Ses sculptures sont le fruit d'un chemin au plus prêt de la sensation où affleure l'inconscient et où la volonté se fait modeste. Pendant l'élaboration de la sculpture, il ne comprend que partiellement l'oeuvre en cours, la plupart des choix étant faits inconsciemment. Le cheminement de l'oeuvre peut donc se révéler très sinueux avec des temps longs, jours, semaines ou mois, et des moments brefs au cours desquels la sculpture prend rapidement une toute autre direction que celle suivie précédemment. Il n'est pas rare que la sculpture soit cassée en plusieurs parties puis réassemblée avec des ajouts ou des suppressions qui seront peu à peu fondus en un ensemble indissociable. Elle peut de ce fait doubler de taille ou au contraire rétrécir fortement. Cela permet une large transgression de la représentation classique au profit d'une expression renforcée par l'absence des filtres de la conscience.

  • Le bronze. Le parcours artistique de Pierre Bobot l'a porté vers la terre puis les matériaux composites pour aboutir à cette matière noble qui, néanmoins, autorise toutes les recherches tatonnantes inséparables de la méthode de création de l'artiste.

  • La cire d'abeille qu'il utilise comme unique matériau de sculpture. Préfèrée aux cires industrielles, cette matière apporte des caractéristiques intéressantes par rapport à la terre dans la confection de la sculpture originale. Elle se présente en effet sous trois « phases » :

    • vers 25 °C elle permet les plus minces détails. Elle devient cassante mais peut être polie si on abaisse encore la température.
    • très malléable vers 40 °C, elle autorise des transformations rapides et en masse avec les deux mains.
    • liquide vers 60 °C, on l'utilise pour souder plusieurs parties entre elles.

    Une simple modification de température autorise un changement de phase rapide en parfait accord avec les besoins du processus de création de Pierre Bobot.

  • L'Afrique, grâce à de nombreux voyages au Burkina Faso, où la musique, la danse et la sculpture occupent une place très importante, a fortement influencé Pierre Bobot. Ses sculptures peuvent être interprétées comme le résultat d'une hybridation entre l'art européen et l'art africain.

En parallèle de la sculpture, Pierre Bobot poursuit un travail personnel sur tablette numérique et de peinture sur de très grands carnets.

Portrait

Sculptures bronze

Ces sculptures en bronze, modelées entre la France et le Burkina Faso, au coeur de l'Afrique de l'Ouest, sont les fruits de ces deux régions du monde, si différentes et si proches à la fois. Les sculptures représentant des « têtes », notamment, sont influencées par les masques mais également par la musique et la danse, profondément enracinées dans la vie africaine. Elles portent également l'empreinte évidente de l'art contemporain européen notamment par les déformations très accentuées.

Aucune de ces sculptures n'a été pensée ou dessinée au préalable. Elles sont le résultat d'une maturation inconsciente en contact étroit avec la cire d'abeille africaine utilisée par l'artiste pour ses créations.

Cette matière, à l'odeur très présente quand elle est chaude, occupe une place fondamentale dans le travail de l'artiste.

Il commence toujours ses oeuvres sur la cire molle vers 40 °C, la modelant les mains nues, sans outil, et engendrant très rapidement des formes en bosses et en creux très accentués.
La phase suivante, qui peut être menée sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, va voir apparaitre des détails qui vont évoluer ou même disparaitre pendant les « temps longs » du processus.
La forme générale elle même va changer de façon importante - certaines sculptures peuvent représenter un corps au départ pour devenir des têtes ou rester dans un état indéfini - à la faveur de moments de rupture pendant lesquels l'artiste peut tordre la sculpture pour lui donner plus de force, la couper en parties qu'il va assembler d'une autre façon, amputer des éléments ou au contraire placer une extension, pour reprendre ensuite le lent chemin sur les détails (voir deux sculptures photographiées en cours de travail : exemple 1 et exemple 2 ).
Une sculpture peut être commencée en France et finie au Burkina Faso ou elle prend souvent une toute autre tournure.

Après la fonte de la sculpture en bronze, celle-ci est poncée pour la rendre assez lisse et brillante ou au contraire laissée dans un état plus brut avec de nombreuses aspérités. Elle est ensuite généralement patinée par oxydation du bronze.

Liste des sculptures

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Dessins numériques

Quelques dessins créés sur une tablette numérique munie d'un stylet sensible à la pression.

Aucun de ces dessins n'a servi de base pour une sculpture mais concrétisent des idées passagères.

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Cahier de peintures

Ce cahier (34x35 cm) a été réalisé entre janvier et mai 2012.

Comme pour ses autres oeuvres, le sujet de chaque tableau, s'est peu à peu imposé à Pierre Bobot au fur et à mesure des modifications, repeints,... qui caractérisent sa façon de travailler.

Son travail sur un cahier lui permet, dans un même temps, l'indépendance entre les tableaux, constitués des deux pages droites et gauches, et un écho entre chaque page du cahier.

Le tableau est inscrit sur la surface des deux pages en totale continuité ou constitue un diptyque. Toutes les formes intermédiaires étant possibles.

Technique :

  • fusain
  • colorants du marché ou récupérés dans la nature en France ou au Burkina Faso, mélangés avec de la poudre de calcaire et du medium acrylique
  • sable coloré dans un medium acrylique
  • encres acyliques épaisses et opaques
  • encres transparentes

relieur : "Reliure au féminin"

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Une fonderie africaine

Le travail du bronze en Afrique est sans doute aussi ancien qu'en Europe et en Asie. De nos jours, au Burkina Faso, à Bobo Dioulasso notamment, le bronze est surtout utilisé pour la création artistique.

La fonderie

Une fonderie-jardin avec poules et lapins. Des moutons ont logé un temps dans l'enclos de gauche. Au fond les fours de décirage et du bronze (avec la roue de vélo). Lasso et Bamori forgerons de père en fils. Artistes plasticiens également.

Original en cire

En Afrique l'original est sculpté en cire directement. Pierre Bobot a découvert la cire là bas. Depuis, la cire est devenue la matière qu'il privilégie en sculpture.

Décirage des moules

Les moules sont chauffés en commençant par la sortie des évents puis en allant peu à peu jusqu'au fond du moule. De cette façon la cire fond sans faire exploser le moule ( la cire fondue a un volume supérieur à celui de sa phase solide ). La cire fondue est recueillie périodiquement ( ici par Lasso assisté par Bamori ). Cette phase dure de une à quelques heures en fonction de la taille des moules. En Europe les moules sont placés dans un four tête en bas. La température s'élève très lentement, souvent pendant un weekend. C'est une autre méthode pour ne pas faire éclater des moules avec l'avantage d'éviter une manipulation fastidieuse au prix d'une durée notablement plus longue.

Chauffage des moules

Après le décirage les moules sont chauffés et atteignent des températures de l'ordre de 700 / 900 ºC. Pour une température homogène, du bois est placé au dessus et au dessous des moules. Cette phase est importante car si le moule n'est pas assez chaud le bronze durcira trop tôt et ne pourra pas atteindre les cavités les plus éloignées. On aura alors des "manques".

Chauffage du bronze

Un creuset est placé dans le four. Du charbon de bois est placé tout autour et enflammé. Le feu est activé par ventilation forcée au moyen d'une turbine. Ici la turbine est entrainée manuellement en utlisant une roue de bicyclette mais des systèmes motorisés remplacent maintenant souvent la force humaine. Le bronze, de récupération, est placé dans le creuset jusqu'à ce que le creuset soit plein de bronze fondu.

Positionnement des moules

Les moules sont placés dans une terre légèrement humide. Elle est tassée autour des plus gros d'entre eux afin de les renforcer : le bronze ayant une densité de 9, la pression au fond d'un moule de un mètre de haut atteint celle exercée par 9 m d'eau. Les pièces dépassant cette hauteur sont couchées à l'oblique. .

Fin de la phase de chauffage du bronze

Quand les forgerons estiment (en s'appuyant sur la couleur du bronze et des fumées qui s'échappent) que la bonne température est atteinte, la coulée peut commencée.

La coulée : remplissage des louches

Le bronze est pris à la louche dans le creuset qui reste jusqu'à la toute fin de la coulée dans le four. Sans masque, sans gants et depuis peu avec des chaussures fermées plutôt que des claquettes.

La coulée : remplissage des moules

Les moules sont remplis à la louche un à un. Ils refroidiront pendant une heure à une nuit et seront ensuite cassés (phase de décochage) pour libérer la sculpture en bronze «brute de fonderie» qu'il faudra ensuite dégrossir, ciseler puis patiner. Pour les pièces de Pierre Bobot s'ajoutent souvent la réalisation d'un support adéquate et éventuellement le soudage de celui-ci à la sculpture.

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Où es-tu

où es-tu
que fais-tu
j'ère sans but et le vent ne veut pas de moi
où es-tu
m'entends-tu
c'est le calme aujourd'hui
hier je pensais trop à toi
je me noie doucement dans un verre de limonade
je reste là sans voix
sans joie
sans toi
sans espoir
sans amertume non plus
mais le ventre me torture
pour me faire avouer quoi
sans droit
sans reine
je fais quoi
que dois -je
à qui ?
si plein de toi
si près de toi
si loin de toi
si vide
sans bruit
sans huit
pour sortir
pour m'ouvrir
sans nous
sans appel
rien ne me retient
la vie luit
où s'immerge
dans le soir
dans le broie du noir
la déglingue
un peu plus chaque matin
la rengaine
toujours la même
les yeux
les cheveux
les seins
les tiens
les autres
qui vont à la mer
qui vont par mont et par vaux
sans faim
si vain
ou de l'eau
profitons de la vie
mais tu n'es pas là
d'autres si
tant d'autres
qui ne te remplacent pas
pourquoi toi
pourquoi pas toi
pourquoi moi
hapeau
accro
ha ! que je suis las

Le dragon rose

je suis un dragon rose
avant j'étais tout gris
je vous aime vous qui passez
et j'espère que vous m'aimez aussi
je suis un dragon rose
avant j'étais tout gris
je suis un dragon rose
et j'aime qu'on me sourit

>mon âme n'est pas à vendre
mon corps
je n'ai que lui
il faut bien que je mange

je bouge sensuelle
au rythme languissant
d'une musique sirupeuse
au milieu des regards
concupiscents

je descends
la fermeture éclair
de mon jean
pas à pas
doucement
je suis le corps féminin
je donne envie
je fais dans le porno soft
je ne couche pas
sauf s'il paie
suffisamment

mon âme n'est pas à vendre
je danse
mais je suis loin
on me possède
vite fait
sans douceur
je suis ailleurs

mon âme n'est pas à vendre
elle vogue à la dérive

je bouge en cadence
j'ondoie
je frôle
je me déhanche
la fièvre monte
dans la moiteur de la salle
sous les regards troubles
qui transpirent
ivres d'alcool et de désir

une main dépose un billet
caresse mes jambes
s'attarde sur un sein
comme par mégarde
en pleine lumière
dans le halètement des pales
du ventilateur

mon âme n'est pas à vendre
je vois les bateaux qui sortent du port
et la mer qui me supplie de la rejoindre
de m'immoler dans l'océan
de quitter la ville vers la pureté des lointains

pendant que j'ondule
pendant qu'ils hululent

L'amour sorcier

1 - Il y avait le vent voilé d'une aura étrange. Et le soleil de sable, ce soleil de midi écrasant qui flambait alors qu'on se croyait la nuit. Et ce vent, ce vent brûlant qui, secouant la moindre étoffe, grésillant sur le moindre fil, s'accrochant à la moindre branche, rebondissant sur les rochers alentours, s'engouffrant dans la plus réduite des fissures, arrachait les panneaux mal sertis, claquait les portes et les fenêtres des logis de fortune et battait la vie.

2 - Oui, le vent. Le vent brûlant du désert soulevant les milliards de grains dorés, alourdissait le jour mais une féerie, une lumière vous prenait, sans mesure, sans limite.

1 - Au milieu de la place, ils étaient là. L'un en face de l'autre. Ils ne parlaient pas.

2 - Au début. Après ils se sont dit.

1 - Oui. Ils se sont dit. Tant de temps pour pouvoir se dire.

2 - Tant de temps mais les choses sont longues.

1 - Au début elle avait un air dur. Le fantôme était son amant. Seul, le fantôme comptait.

2 - Seule, seule. Lui, la retenait mais elle voulait aller et le regardait avec cet air dur, lui qui l'aimait, qui revenait de si loin, de si longtemps, pour la voir. Seulement pour la voir, elle.

1 - Mais seul le fantôme comptait.

2 - Oui, seul.

1 - Seul le fantôme comptait alors elle partait mais s'est arrêtée dans une tension. Elle s'est arrêtée et s'est retournée. Avec cet air triste. Toujours. Elle s'est retournée et l'a regardé intensément. Alors il s'est approché.

2 - Et ils ont dansé. Oui, ils ont dansé.

1 - Ils ont dansé dans le vent et le sable. Dans ce sable brûlant du désert que rien n'arrête, qui efface les traces et creuse le coeur des hommes, qui aura raison sur tout, sur la folie et la raison, sur les hommes et sur les choses, qui seul restera quand il n'y aura plus rien. Et le vent.

2 - Dans ce vent, dans ce sable, ils ont dansé l'amour. Ils ont dansé la mort. Ils ont dansé la vie passée et celle qui pourrait renaître Ils ont dansé, corps contre corps, la douleur de l'absence et le bonheur d'être là, ensemble.

1 - Ils ont dansé si longtemps. Si longtemps dans le vent et le sable. On aurait pu penser... mais non. Le fantôme, toujours, était là, entre eux. Rien ne changeait.

2 - Rien ne changeait et pourtant on sentait que peut-être.

1 - On sentait que peut-être, mais rien ne pouvait arriver ce jour là. Il était encore trop tôt, le vent était trop fort. Ils ne pouvaient s'entendre ce jour là.

2 - Ils ne pouvaient s'entendre, le vent était trop fort, mais une graine était plantée. Une graine minuscule qui ne pouvait rien contre le fantôme. Rien, absolument rien.

1 - Mais malgré le sable ou peut-être à cause de lui, la graine s'enracina pour des jours meilleurs, quand le vent serait tombé.

2 - Il ne pleut pas dans ces régions là. Il ne pleut jamais. Seuls le vent et le sable. Seuls. Mais parfois le vent tombe et avant qu'il ne se renforce de nouveau la graine peut germer. Parfois. Il faut qu'elle soit rapide, qu'elle se saisisse de l'instant, qu'elle se lance, sans peur, sans regard en arrière, sans aucune attention pour ce qui n'est pas elle, ce qui n'est pas son but unique, son seul but assigné.

1 - Il la laissa partir. Il ne pouvait pas la retenir ce jour là. Elle disparut sans un regard, sans se retourner une seule fois. Il restait, seul, dans le vent et le sable. Brûlé par le soleil de midi alors qu'il faisait presque nuit.

2- Ce jour là, elle ne pouvait pas. Oui, ce jour là, elle ne pouvait pas mais plus tard, peut-être, elle pourrait.

Scène entre l'homme et la femme dont il est question dans la scène précédente.

Lui - Te souviens-tu de ce vent voilé ? Te souviens-tu de ce vent ?

Elle - Oui, le vent brûlant du désert chargé de tant de sable qu'il faisait presque nuit. Il était si fort ce vent. Si chargé de sable. J'allais m'abriter.

Lui - Mais je t'ai aperçue au milieu de la place et je t'ai appelée. Et je me suis approché. Et nous nous sommes retrouvés face à face mais je n'osais parler. Tu avais cet air dur.

Elle - Je me souviens. Nous étions face à face sans rien nous dire avec ce vent et ce sable qui nous giflaient.

Lui - Et puis tu m'as demandé si je m'habituais à ma nouvelle vie et nous avons parlé. De tout et de rien. De mon retour.

Elle - Et tu m'as dit que tu m'aimais. Te souviens-tu ? Tu m'as dit que tu m'aimais et tu étais si beau dans ce jour de sable et de vent.

Lui - Mais tu gardais cet air dur. Le fantôme était ton amant. Seul, le fantôme comptait.

Elle - Mais j'étais si seule, seule avec ce fantôme qui jamais ne me quittait.

Lui - Oui seul le fantôme comptait.

Elle - Oui. Je voulais être seule.

Lui - Et tu voulais partir. Tu partais. Mais tu t'es arrêtée dans une tension et tu t'es retournée. Avec cet air triste. Tu t'es retournée et tu avais ce regard intense. Ce regard bouleversant. Ce regard qui m'arrachait le coeur, qui m'oppressait. Duquel je ne pouvais détacher les yeux.

Elle - Et nous avons dansé, les yeux dans les yeux et j'ai senti la force de nos retrouvailles. Mais j'ai senti la colère du fantôme. Et la déchirure. Et tout s'opposait. Je dansais, et tu étais là, et le fantôme était là, et le vent, et le sable.

Lui - Et nous avons dansé au milieu du vent et du sable sur cette place que rien n'abritait. Et je respirais ta colère et ta tristesse. Mais je ressentais aussi, au delà, comme un germe qui pouvait grandir, un jour, peut-être.

Elle - Il n'y avait plus ni sable ni vent. Et nous avons dansé. Nous avons dansé l'amour et la mort. Nous avons dansé la vie passée et celle qui pourrait renaître. Nous avons dansé, corps contre corps, la douleur de l'absence et le bonheur d'être là, ensemble.

Lui - Te souviens-tu ? Nous avons dansé longtemps. Si longtemps. Et je pensais que peut-être. Peut-être.

Elle - Mais je ne pouvais pas. La danse était intense et douce et enivrante et si chargée d'émotion mais je ne pouvais pas.

Lui - Je l'ai senti ce jour là qu'il était encore trop tôt. Je l'ai senti ce jour là. Je t'ai laissée partir. Tu as disparu sans un regard, sans te retourner une seule fois. Je suis resté, seul, dans le vent et le sable. Perdu, en pleine journée alors qu'il faisait presque nuit.

Elle - Ce jour là était encore trop tôt. Je ne pouvais pas.

Douce princesse

oh ! douce princesse
à vous, je le confesse
je désire tant vous cajoler les fesses

oh ! riante brune
proposition importune ?
j'aimerais tant vous chahuter la lune

oh ! tendre compagne
accordez-moi cette cocagne
d'allègrement brouter votre campagne

oh ! merveilleux tendron
je me donne tendre mission
de vous baiser de la tête aux petons

l'écho de tes pas
emplit l'absence
d'avant
nos retrouvailles

Kaïku : forme grapho-vocale hybride se plaçant entre l'Aïku, célèbre forme poétique japonaise, et le cri du chien dont on a écrasé la queue. Certaines traditions utilisent ce mot de façon redoublée ou même triplée (Kaïku Kaïku Kaïku). Un texte miraculeusement retrouvé dans les ruines d'un monastère cistercien du XII ème siècle par un amateur passionné , Monsieur Sortélégand,  utilise même une forme raccourcie : kaï kaï kaÏku. Ce texte est associé à une superbe illustration en belle page montrant un chien en kimono les traits déformés par la douleur. Il est à noter que, suite à cette découverte exceptionnelle, un projet d'envergure fut lancé par le professeur Jesétou afin de prouver que le chien (Canis lupus familiaris)) a été introduit en Europe par un groupe de Cistercien au retour d'une mission d'évangélisation du Japon entre l'an 800 et les premières années du XII ème siècle. Le manque de témoin oculaire n'a pas permis, pour l'instant, au professeur Jesétou de remporter le succès escompté mais les recherches continuent. 

Aphorisme

les arts plastiques sont à l'art vivant ce que le plat de côtes est au cochon qui couine encore

Aux urnes citoyens

les évictions sont courantes dans nos régions vétustes
qui mangent salades et ronds de jambe
avec le goût du sang pur et de la génuflexion
sont-ce les caribous qui mettent genoux à terre
ou le vent du large qui pousse à ramer sans cesse
les dieux en amont ne voient que les solutions amères
nous irons dégager le bouchon des ors vrais
un jour viendra où le sang rejoindra ses frères
on se lèvera face aux montagnes du rat
qui se prosternent devant les maîtres des cieux
les rêves déboutés par tant de hargne
renaîtront dans un concert de tapage
les os pointent et les eaux s'ébrouent
nous nous battrons dans la journée des défilés

Aux urnes citoyens

Douce éveillée

viens
douce éveillée
et demeure tant que tu veux
nous écouterons ensemble les histoires
qu'enchantent les enfants
herbes folles
oiseaux
balance dans le vent
reste encore un peu
tu n'es pas pressée
au creux de mon sablier
le temps passe
grain à grain
ta robe de coton rouge
celle que tu portais
il y a longtemps
éclabousse de soleil
cette pâle contrée
chauffe mes vertèbres
et mon corps empesé
ouvre les cieux d'étincelles rêvées
et tisse le cocon d'avant la faute
retrouvons le paradis perdu
goûtons les fifres, les trompettes et les tambourins
qui invitent aux mélodies inconnues
chansons de l'autre monde
pures délices
les orgues se font belles
et posent les notes une à une
harmonie subtile
se détachent
nous passent et dépassent
dans le tourbillon qui enfle
rayonne
légères fumées qui ploient et déploient
entortillent
poussent et soufflent
de plus en plus haut
dans les cieux envahis
accueille la ferveur
des incroyants
conjugue les vers
de l'humanité retrouvée
oui
reste encore un peu
il y a de la soupe à l'oseille et de l'omelette aux champignons

J'ai rêvé

J'ai rêvé d'Accapulco
j'ai rêvé de bête à deux dos
j'ai rêvé de rives changeantes
dont les ciels s'émerveillent
des clarinettes de l'été
mais rêves de pureté
crachin des nuées
je tomberai dans l'oubli des princesses
qui jouent
dans la rue cravache
au crépuscule des toujours
le vent seul vogue sur la lune
rêve d'ailleurs
thé de l'étranger
les territoires de la pudeur
frisent la douleur des équidés
ma fringale te prend toute
mais bifurque avant l'aube
telle la succube des iles Anéloé
qui s'offre à la pluie et au vent
ridule du temps
entends tu le ressac du désert
et le fracas des sortilèges
enfouis

Sérénissime voilée

tu cours sans but
prunes et artichauts
parsèment tes oripeaux
tu suis le fil des jours
démonte le temps et les enfants de l'azur
sur ton destrier
tu survoles les monts pelés
la risée souffle sur les peupliers
l'eau cède le passage
tonnelles sauvages dans les nouées
étourdi de ciel
et de miel ébloui
la cire chaude des templiers
grésille sous tes doigts de fée
Sérénissime voilée
où cours tu ainsi
dans le silence de mes pensées

J'irai te voir

j'irai te voir un jour sur la pente bretonne
j'irai te voir un jour et nous verrons bien
car il faut te dire que la route est longue
et la vie courte quand on n'a qu'un pantalon
viendras-tu à Valparaiso
viens avant qu'il neige
il fait froid en hiver dans ces régions là
je t'emmènerai dans une paille de malasucre
et le miel de toute l'Arizona
viens avant l'hiver
il sera froid et pluvieux
autant voir l'automne et le ciel voilé du lustre décapé
J'irai te retrouver sans anicroche
à l'aurée du bois des roses là où le gui est éclos
et la robe sommeille à travers les plis du rivage dans la beauté
d'un sonnet
épouse rimes et consonnes
sonne et tapage
la voyelles triche sans pareil mais elle est si belle
n'ait pas le coeur de la relancer sur la paille du dossier
J'arriverai sans peur ni reproche
sur le pont du tocsin
quand la frise ripaille
dans les foins de la saint sinforien
elle est si fraiche l'eau du saint vincent qui glisse
dans les traines du chemin
Poivre et sel de la vie
qui passe sans effort quand on la regarde
joue à saute mouton et dérape sans cesse
mais quand cela cessera
que viendrai je faire là
où on ne m'attend pas
je ne sais où est le sommet
la route courre sans laisse dans les rêves du jamais
et du toujours mais où es-tu
je ne trouve plus la rive du joli pré des avancées
je te cherche longtemps mais tu as disparue
j'ai pourtant ma liquette et le groin de paulin
frigidaire déliquescent
rabougri frigide sans belote
je balance dans le chanvre
je m'en prends une lampée une saleté une grossiste dérapée
frappe le fromage sans or sans ail sans vinaigre sans faim ni soif
et le temps répand les semailles
sans ordre de bataille
sans mordre la rocaille
sans appétit aucun
j'ai répondu présent mais tu n'étais pas là
j'ai répondu qui va là
tu n'as rien dis et tu es partie
partie où je ne sais pas
j'aimerais te suivre mais je ne peux pas
je suis perdu dans les nuées
je suis père du premier né
je suis le dragon rose qui m'ensuit tant qu'il fuit
mais après ?

Les portes du clocher

J'ai voulu faire la pirouette
et accroché mes jaquettes
aux portes du clocher
mais la vie n'était pas prête
je suis tombé cacahuète
dans la poêle à censure
sans abati sans résidus
au creux du raidillon qui menait
à la solution
je n'ai trouvé
ni foi ni loi
sans rapport de salut
j'enfile les rues sans pavés
boue épaisse et chaussures délavées
la pluie tombe
là bas dans le sud de la saumure
vers les raides évidences
du secret des marquises
dont la rate exquise
coure dans les fourrées
mutine parmi les ruines du potager
verger de nuit étoilée
et résiste à l'ennui
envie de prendre l'escampette
et un zeste de ramure
ou un caetera sans armure
un albatros sans rature
le ouistiti malmène
les palmes de la déréliction

Les sabots du cheval fou

précipité sous les sabots du cheval fou
dribble la vie
ruisselle le vent
entre les pis et le peu de temps
rêve et éveille l'absolu néant
les clairières ravagées des défaits de la ligne
les piquants des longues pentes de la mie
le vomi des rides de l'ennui
le précipice engloutit la raison
mais est-ce la saison
des venaisons
va où on te sauve
sans leurre et sans frein
sans ces heurts
qui piquent en refrain
et ternissent ton teint
est-ce si vain
d'espérer moins de chagrin
sans peur du lendemain
dans une vie qui passe
sans qu'on lui demande rien

Les artichauts

Noël n'est pas pour toi
tu as trop de pudeur
les artichauts
montrent leurs cœurs soulagés
des feuilles de l'ennui
rites accomplis il sera temps d'aller
sur les rives du cendrier
les autruches arborescentes si plaisantes
picoreront nos laitues sans effort
sur les souches rêches qui souffrent
faim et froid
tu poseras notre été
de nos lacs l'eau portera le message
il n'y aura plus naufrage
nuage
souffrance
transe immense
qui crise la vie
grince les dents
bile le jour et la nuit
tu seras là vivante
l'or des os veillera la campagne
la craie délimitera le pagne
la lumière volée renaîtra
et nous irons ensemble
dans les pas du jour
vivre les marées

Bouts de rien

T'es partie à pieds
Moi je reste à t'attendre
Et je te prêterai pas ma lampe
pour éclairer tes souliers
T'avais qu'a aimer
la soupe aux choux
de ta mémé

La terre entière, dans cette galère, qui continue de flotter


Elle m'avait dit cueille la mousse qui fleurit dans ta tête
Elle était barge, elle avait un grain de blé qui coinçait quelque part dans la caboche
Déjantée comme une auto qu'a plus de roue,
elle était douce comme un ange mais un ange qu'aurait pas pu décoller
Elle avait le cerveau d'une bergeronnette mais le coeur d'un baleineau


Tu voulais porter le pantalon
Moi je préférais te l'hôter
Tu étais si belle
dans ton petit chemisier

oh ! Joyeuse hirondelle
prête tes ailes
prête tes ailes
et ton printemps
au barbon d'automne
qui résonne encore
pour un temps

écrire au pied de la porte blindée
qu'y a t-il derrière la porte fermée
les roses et la mariée
les robes des jeunes années
verts pâturages
cris d'écrevisses
rêve d'un après
havre de paix
âmes sans apprêts
frais matin de printemps
la rosée dépose le firmament au creux de nos pensées
allons voir Rose qui est éclose
le temps des chemins vient de s'élancer
le refrain toujours amer
s'efface sans drame
dans la paix et la quiétude de l'été

écrire au pied de la porte blindée
forer à grands coups de bistouris
analytique sophistiqué
psychologique élaboré
vaudou des lointaines contrées
tenter l'échauffourée
la râpe à marauder
le réduit mal orthographié
il faut rire sans baisser la garde
de peur que l'on nous attrape
que l'on nous arrête de verve rassasiée
les vers en culture
les traits en peinture
les songes d'une nuit d'été
les enfants m'entendent dans leurs rêves
il n'y aura de trêve
que l'affaire passée

écrire au pied de la porte blindée
écrire avec peu de temps
écrire quand la mèche se consume
les sirènes s'allument
le destin s'accroche
la charge explose
le temps est compté
il n'est plus temps
il faut s'évader
éviter les ratons
ne pas démâter
trouver la fuite
sortir du pénitencier
A nous la liberté
les plages de sable fin
et les jolies pépés
les couleurs de l'été
les pages blanches sont restées
sur le sol délavé
et son odeur de javel
diluée
les mots envolés
perchés sur les églantiers
regardent les évadés
qui s'élancent
comme de grands élans
dans le vert des prés

Parait que de féroces soldats mugissent dans nos campagnes
Parait que le jour de gloire est arrivé
Parait que le 14 du mois de juillet
Nos armées victorieuses doivent défiler
Avec leurs armes et leurs gros souliers
Leurs chars et leurs ogives nucléarisées
Pour leur montrer que la France c'est pas des rigolos
Que la France va leur en faire baver

Parait que dans les campagnes, y a pas de féroces soldats
Juste des abrutis qui saluent les canons qui passent
Comme des phallus dressés pour la dernière partouze de l'humanité
Il parait que dans les campagnes, y a pas de féroces soldats
Mais des immigrés qui travaillent loin de chez eux pour pouvoir manger
Il parait que dans les campagnes, y a pas de soldats qui mugissent
Y a que des vaches, qui rêvassent, en regardant les trains
Parait que dans les campagnes, quand le soleil est haut
On va gaiement en se tenant la main
Parait que dans les campagnes quand le soleil est au couchant
Dans les chemins qui serpentent on se promène amoureusement
Parait que dans les campagnes, y a des meules de foin
Et que c'est pas des blockhaus déguisés
Parait que dans les campagnes, y a des meules de foin
Et que les amants viennent là, paisiblement, pour se lover

un homme hagard est en retard
une femme part
dans la gare, elle s'égare
un regard par hazard
moment bizarre
un lien ténu
se sont-ils reconnus
se sont-ils connus
se sont-ils souvenus
non. Deux inconnus
une joie étrange
bonheur et peur
une lueur dans une vie de sueur
elle part à Bruges
envie de refuge
le juge s'est prononcé, la rupture annoncée
chassée, rabaissée, angoissée. Assez !
face au déluge centrifuge
elle cherche son unité
lui pointe aux ASSEDIC
malgré son savoir encyclopédique
serait-ce égotique ?
juste un salaire modique
il se sent courcircuité, à perpétuité
et ses annuité ?
une énième entrevue
le résultat prévu
hypertendu, une simple bévue et l'imprévu : exclu
tu tombes perdu. tu n'est plus un individu.
un regard par hazard
un peu d'égard
dans la foule des grands départs
la fraicheur dans la laideur des profondeurs
une chaleur, une langueur
une douceur, une pâleur
une clameur. Le bonheur ?
mais la pendule brise la bulle
de ces somnambules qui brulent
c'est le crépuscule
ils remettent avec amertume leurs costumes trop étroits
il fait froid.

Mon beau julot, mon gros lardon
veut une cape et un haut-de-forme
être Mandrake le magicien
il est tellement difforme
qu'il a tout du batracien
Pourtant je l'aime mon gros dindon

Ecoutez la triste complainte
Ecoutez la douce chanson
d'une pauvre fille, d'une sainte
d'la compagne d'un grand bouffon

Mon beau julot, mon gros lardon
de Shakespeare, veut jouer Hamlet
se croit déjà au panthéon
mais le pauvre n'a pas toute sa tête
ne retient même pas son nom
Pourtant je l'aime mon histrion

[refrain]

Mon beau julot, mon gros lardon
sur l'sexe n'est pas une fillette
se prend pour un taureau
mais quand toute nue sous ma nuisette
j'suis caline ys'barre au bistrot
pourtant je l'aime mon taurillon

[refrain]

Mon beau julot, mon gros lardon
cherche fortune, saisit la lune
se veut Arsène, le grand larron
avec, de thune, pas une prune
se retrouvera cassé, au violon
Mais je l'aime même en prison

[refrain]

C'est mon julot, mon gros lardon
et je l'aime plus que de raison
C'est mon julot, mon gros lardon
et je l'aime plus que de raison

La tourterelle est blessée.
Elle s'est posée sur l'herbe dans le jardin.
Elle attend.
Elle attend le chat.
Sans peur, sans impatience, elle attend le chat qui va venir.
Le chat qui va venir et clore une vie.
Une vie de tourterelle.

L'Auguste

Je suis un clown triste.
Tout blanc.
Ils m'ont tous dit : va au soleil, tu verras, ça te fera du bien, tu prendras des couleurs...
Mes cheveux sont blancs, mes habits sont blancs...
Enfin, pas là ! Pas tout le temps...
Et puis pourquoi je devrais porter toujours des habits blancs, si je préfère le noir ou le gris, moi ?
non ? non ?
Je suis un clown triste.
J'aurais voulu être Auguste, mon copain Auguste qui rit tout le temps.
Il saute, il cabriole, des pirouettes...
Vous savez : sourire grandiose, cheveux carottes, des fringues à la charlot mais rouges, jaunes, bleus, verts : un vrai perroquet des iles, qui marche comme ça...
Mon copain l'Auguste, ses grands yeux naïfs posés sur un monde toujours beau, toujours bon, où l'amour fait rage et la guerre si loin...
Il rit tout le temps, l'Auguste. Un rire, un grand rire qui vous transperce, qui vous met en transe.
On dirait un tremblement de terre, un arc en ciel qui explose ne laissant que la joie et la tendresse, un gout de pain doré, un éclat de soleil sur une journée de printemps.
Ah ! mon copain l'Auguste.
Moi, je serais plutôt un petit matin brumeux, un matin d'automne, quand je me réveille tôt, pour voir le monde après la nuit.
J'ai jamais fait rire personne, jamais.
Un jour, une fille m'a souri, d'un pauvre petit sourire triste.
Elle semblait vouloir me dire : mais non, mais non... faut pas être triste, tu vas voir, tu vas les faire rire...
Mais elle est partie si vite. Je l'ai perdue de vue.
Là dans la foule, la foule des anonymes, ceux qui vont au boulot, le regard vide. Tête penchée sur leurs soucis.
Ces soucis qui les fabriquent, qui les transforment, qui les vident, qui les vident de tout.
Qui les rendent gris, aussi gris qu'un petit matin brumeux.
Pourtant parfois, ils relèvent la tête, juste une seconde, un instant.
Ils me regardent, un léger sourire, un clin d'oeil
Et je le reconnais, je vous assure, oui, oui...
Je le reconnais, c'est l'Auguste.
Mon copain Auguste.
Et puis il disparait aussi...
Mais, chaque fois, il me donne un petit peu de sa joie et de son sourire.

L'homme du tableau

L'homme du tableau regarde la femme qui boit son thé.
L'homme du tableau est né il y a quelques jours.
Il ne sait pas ce qu'est le thé.
L'homme du tableau ne sait pas ce qu'est le thé mais il sait l'amour et la tristesse, la douceur du soir et la violence des absents, les prés qui murissent et l'automne qui vient si vite.
La femme boit son thé et ne voit pas le tableau qui, pourtant, trône au milieu du mur.
Lui a vu son doux visage, ses yeux vagues et sombres, les pupilles comme un autre univers.
Il aimerait lui parler, toucher sa peau et s'il osait, caresser sa joue, effleurer ses lèvres.
Lui dire, lui dire, lui dire ...
Mais l'homme du tableau n'est que visage : un oeil, un nez, une bouche à peine esquissée. Quelques touches de peinture jetées sur une toile. L'épaisseur d'un soupir.
Impuissance des tableaux qui disent sans parler, crient sans bruit, se meuvent dans une immobilité toujours recommencée.
Si près.
Un souffle mais que jamais il ne pourra expirer. Eternité d'une attente qui se dissolvera avec le tableau. Un jour. Demain ou si loin.
La femme est partie. La tasse est rangée dans le placard.
Ce soir peut-être.

Mon copain

Graine de voyou
Graine de pendu
T'as dix ans mais t'as déjà perdu
T'iras en prison ou pire c'est évident

T'étais mon copain
il y a longtemps

Moi le fils de directeur
Toi le fils de chômeur

On était copain

Ta mère faisait les ménages
Elle avait les mains tout abimées
La mienne faisait pas son âge
On aurait dit qu'elle était juste née

T'étais mon copain

J'étais bien habillé
Pas toi
J'étais fort en dictée
Pas toi
Pour moi les maths c'était de la rigolade
Pour toi c'était une mauvaise blague

T'étais mon copain

Un jour qu'on avait chaud
On a voulu ouvrir une fenêtre
Et on a cassé le carreau
On a fait venir ta mère
Pour lui parlé de son garçon
Qui allait changer d'école
Qui n'irait pas au lycée
Maman m'a demandé d'être sage
De ne plus recommencer

T'étais mon copain

Un jour t'étais plus là
Je t'ai cherché
Dans une école d'un autre quartier on t'avait transféré

T'étais mon copain

J'ai eu d'autres copains
Qui étaient bons en math et en dictée
Ils étaient tous bien habillés

T'étais mon copain

Je suis devenu directeur
Ma femme ne fait pas son âge, on dirait qu'elle est juste née
Mon fils est fort en math et en dictée

J'avais un copain
il y a longtemps

Graine de voyou
Graine de pendu
Il avait dix ans

Nany

Les vacances normalement c'est amène
Ce coup-ci c'était pas si bien
Ma belle-mère est morte en trois semaines
Franchement comme voyage on fait pas plus loin

Francine la veillait nuits et jours
Et moi j'étais là si lourd
On sortait plus, on pleurait beaucoup
deux dessins et pas beaucoup de goût

Elle parlait plus et communiquait avec les yeux
On essayait de comprendre mais que de mal bon dieu
Pour un volet à descendre ou l'asseoir de notre mieux.
On essayait d'être gai mais c'était bien difficile
Dans cette chambre aux grands murs livides

85 ans c'est un bel âge, elle a fait sa vie
Mais Francine pleure souvent et parfois moi aussi

Ca nous renvoit à nous même
Ca nous renvoit à nos vie
C'est la mort qui mène
Elle est pas là pour faire joli

On sait ça bien sûr, mais n'empèche, c'est bien flippant !

Avant de la conduire pour son dernier lit
Sur son piano, elle joue quelques notes
Et me dit doucement en prenant mon bras
"c'est la dernière fois peut-être, si je ne reviens pas"
Mais qui sait peut-être l'écoutera t-on encore,
Tout là-bas dans une autre vie.

Quand je ris je pleure

quand je ris, je pleure
et quand je pleure, j'ai le nez qui coule
je ris souvent, mon nez coule autant
et j'en pleure
mais c'est drôle tout de même
alors je ris de plus belle
et mon nez coule, coule, coule
il m'arrive de rire et de pleurer
des journées entières sans m'arrêter
alors bien sûr je trempe tout autour de moi.
Quand j'étais petite
j'avais une solution
je m'asseyais dans la douche
Là c'était tranquille
mais pas très confortable.
Quand mes parents
qui étaient de gauche
plaignaient les travailleurs
qui mouillent leur chemise
pour un salaire de misère
je trouvais cela très injuste.
Moi aussi je mouillais ma chemisette
et mon maillot de corps et ma culotte
et mes chaussettes et mes chaussures
Je mouillais même mon mouchoir
sans me moucher et sans le sortir de ma poche
Et je n'étais pas payé du tout
Et puis j'ai grandi
et ça n'a fait qu'empirer
vers dix ans au bout d'une minute
l'eau atteignait le bord de la douche
et coulait sur le pavé
Mes parents s'en sont aperçu
et ont commencé à s'inquiéter
On nous a conseillé un médecin
qui consultait dans le XVI ème
Très cher mais très fort
qui guérissait tout
Il avait même fait grandir
de quelques centimètres
un président tout petit
On est arrivé vers 7 heures
pour ma consultation
Je suis entrée dans le grand salon
qui fait office de salle d'attente
Des murs de trois mètres de haut
et la taille d'une patinoire
On est entré doucement
je me tenais toute droite, très intimidée
Et puis j'ai vu un petit garçon
il m'a fait des grimaces
et des yeux de veau
j'ai trouvé ça d'un rigolo
et l'eau a commencé à se répandre
Ca a pris très vite de terribles proportions
nous on était déjà un peu habitué
La secrétaire l'était moins
Complètement affolée, elle a hurlé
Un homme d'âge mur est tout de suite apparu.
Très bien habillé, l'air sévère.
C'était le médecin.
Il m'a parlé brusquement.
Il était très sec mais ça n'a pas duré.
Ses magnifiques chaussures en daim ont commencé à baigner gentiment.
Ca a été ensuite le tour de son pantalon gris clair en flanelle.
Au bout de 5 minutes, il était totalement trempé.
Ensuite, il ont voulu qu'on paye la réfection du cabinet
Moi j'avais vu une petite tache d'eau juste à droite de la porte en entrant.
Je leur ai dit.
Ils n'ont pas écouté.
On est parti très mécontent. C'était pas des gens gentils.
On a eu un peu de mal à redescendre
il y avait des cascades dans les escaliers.
On est rentré chez nous
j'étais très triste
et j'ai arrêté de pleurer.
Ca a duré quelques années.
Prudents, mes parents qui aiment le théâtre
m'emmenaient seulement pour les tragédies.
Je pleurais un peu mais au moins ne riais pas.
Un jour, je commençais à être grande,
j'ai appris qu'à Paris, à l'opéra comique, il y avait des baignoires sur le côté de la scène.
Enfin ! j'allais pouvoir assister à des comédies
mais surtout cela voulait dire que je n'étais pas seule.
Toute une communauté allait s'ouvrir à moi.
Des gens qui me ressemblent, qui aime le théâtre et rient et pleurent au dessus de toute norme.
Des artistes, des niagaras de la vie.
C'était pas vraiment une baignoire, c'était une sorte de petit salon ouvert sur la scène.
Il y avait du velours rouge partout.
J'ai trouvé cela étrange mais c'était une vieille bâtisse
les baignoires devaient être différentes en ce temps là.
A côté de moi était assise une dame très sérieuse
Je n'ai pas osé lui demandé si elle aussi riait en pleurant.
J'ai attendu qu'elle rit.
Mais j'ai vite vu que c'était pas le cas.
Ils jouaient une version comique de chantons sous la pluie.
C'étaient tellement drôle que j'ai commencé à pleurer.
Mon rire s'enfla et la baignoire commença à se remplir.
Quand j'étais plus petite j'ai appris le calcul grâce aux baignoires qui fuient
mais là elle fuyait de partout.
Le calcul était impossible.
En dessous une dame a sorti son parapluie.
Les spectateurs ont commencé à chanter.
A travers mes rires et mes pleurs je les entendait un peu,
C'était très beau.
Les comédiens se sont assis au bord de la scène pour écouter.
Moi j'étais ravie et j'ai arrêté de rire.
Bientôt la baignoire ne laissait plus tomber que quelques gouttes.
La lumière autour des lampes était irisée des mille couleurs de l'arc en ciel.
Les parapluies se sont fermés un à un.
Les comédiens ont applaudi.
Je suis sortie.
Dehors un beau soleil se couchait.

J'ai voulu me rendre utile,
j'ai proposé mes services à des agriculteurs
mais ils m'ont dit que mes pleurs étaient salés,
que c'était pas bon pour les salades.
Par contre si un jour je pleurais de la vinaigrette,
ils me mettraient en contact avec des industriels.
J'ai pas trouvé ça drôle et suis partie dépitée
Mais j'ai fait le rapprochement.
Le sel et la mer.
La mer et l'eau.
J'ai trouvé sur internet le nom d'un océanographe réputé
qui a bien voulu me recevoir
Il avait une belle barbe blanche séparée en 2 de chaque côté de sa mâchoire comme deux jolies nageoires.
Au dessus du crâne quelques cheveux avec une raie au milieu.
Il avait de gros yeux de poissons et la lippe un peu molle des esturgeons.
Je sais ce qui vous arrive m'a t-il dit, vous riez comme une baleine.
Pourquoi croyez vous qu'il y a autant d'eau dans l'océan ?
Bon, vous êtes assez grande mais comparée à une baleine...
et puis vous êtes un peu maigrichonne.
Vous faites moins d'eau.
Vous n'allez pas pouvoir le remplir beaucoup.
Il voulait m'aider à pleurer plus.
Pas à m'arrêter.
L'eau est précieuse. Ce serait un crime ! m'a t-il dit.
J'ai aussi vu un thérapeute.
Il a compris que j'étais désespérée.
mais il ne m'avait sans doute pas bien écoutée
Il m'a prescrit une cure de rire au japon.
j'ai vu un grand chef sioux qui faisait tomber la pluie.
Il pouvait peut-être arrêter mes pleurs.
Mais non.
J'ai lu à l'envers et en javanais la critique de la raison pure
ça ne m'a pas vraiment calmée
Je suis partie au Bengladesh dans un ashram
pour canaliser mon rire
dans le rythme bienfaisant de la respiration lente.
Je suis arrivée en pleurs : j'avais perdu mes bagages.
Mais vite on les a retrouvés et j'ai ri en continuant à pleurer.
Ils ne m'ont pas acceptée :
vous avez déjà médité, vous, dans 1 mètre d'eau ?
On m'a accusée de la dernière crue qui a recouvert la moitié du pays
mais j'ai goûté l'eau. Elle n'était pas salée.
Ca m'a donné l'idée de me renseigner sur les inondations
Peut-être quelqu'un comme moi en était la cause.
Quelqu'un qui me comprendrait à défaut de me guérir.
En attendant j'ai peu à peu réussi à rire sans trop pleurer
J'ai emménagé dans un petit appartement à Corbeil
Parfois il y a quelques ratées
La dernière fois, les voisins ont porté plainte
la police m'a convoquée
Ils me connaissaient de réputation
et ont voulu me faire peur
j'ai tout de suite commencé à pleurer
mais j'ai quand même un peu l'habitude
et sachant la suite,je me suis mise à rire
les policiers n'ont pas apprécié
mais ils ont vu le niveau de l'eau monter
ça les a beaucoup calmés
moi, depuis le temps c'est une seconde nature, je sais flotter
quand les pompiers sont arrivés, la porte s'est ouverte
et toute l'eau s'est déversée
je suis partie comme une bouée sur la seine
et suis rentrée.
J'ai acheté une petite maison au bord du fleuve
et j'ai creusé des trous en bas des murs
Il fait pas très chaud l'hiver
mais au moins je suis au sec.

La pendule

La pendule s'arrête
la sonnette continue
Sonne sonne la pendule
Les trois coups
de l'entrée en scène
la seine file à la mer
la mère de tous les marins d'eau douce
la peau douce des marinières
et leurs amants sur la jetée
filent le parfait amour
en ordre dispersé
rêves de cire
rives fragiles
Dulcinée
du Don à la triste mine
et au Sang chaud
Pansa

Elle m'avait dit cueille la mousse qui fleurit dans ta tête
Elle était barge, elle avait un grain de blé qui coinçait quelque part dans la caboche
Déjantée comme une auto qu'a plus de roue,
elle était douce comme un ange mais un ange qu'aurait pas pu décoller
Elle avait le cerveau d'une bergeronnette mais le coeur d'un baleineau

Tu voulais porter la culotte
Moi je préférais te l'ôter
Tu étais si jolie
dans ton petit chemisier

33)(0)6 04 01 04 91
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